Interview

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  • Vendredi 20 Mars 2009

Pour la 6e année consécutive, Deon George, l’entraîneur du BBC Troistorrents, met sur pied un camp dédié à la sphère orange. En juillet, près de 160 jeunes fouleront le parquet des salles montheysannes.

Deon George «Le basket m’a beaucoup apporté»

PROPOS RECUEILLIS PAR ANTOINE SCHALLER

Deon George arrive à Monthey en 2001. Il est engagé par le Basketball-Club Monthey pour porter le maillot jaune et vert. Joueur d’expérience, il s’impose rapidement comme une pièce maîtresse du dispositif de Sébastien Roduit. Il remporte notamment deux coupes de Suisse et un championnat. Aujourd’hui, à 37 ans, il côtoie toujours le plus haut niveau du basket helvétique puisqu’il entraîne l’équipe féminine de Troistorrents, actuelle troisième du championnat de LNA. Le Canadien s’occupe également de la formation des futurs champions et prodigue ses connaissances plusieurs heures par semaine. En été, voilà six ans qu’il organise son propre camp de basket. Un événement qui attire de plus en plus de jeunes. Entretien avec un passionné.

Deon George, pour la 6e année consécutive, vous organisez votre propre camp de basketball. Pouvez-vous le présenter?

J’ai créé le George Basketball Camp en 2004 alors que j’évoluais sous les couleurs du BBC Monthey en tant que joueur professionnel . Je souhaitais m’investir davantage pour ce sport qui m’a beaucoup apporté. J’accorde une grande importance aux vertus du sport pour le bien-être personnel. Nous sommes dans une région où le basket marche très bien avec deux équipes en ligue nationale A (LNA) [ndlr. l’élite suisse], Troistorrents pour les femmes et Monthey pour les hommes. Les jeunes s’identifient facilement aux joueurs-euses) qui composent ces équipes de haut niveau. Un sport d’équipe comme le basket apporte beaucoup au caractère d’un jeune. Il apprend par exemple à s’intégrer et à affiner ses relations sociales. Le GBC se concentre sur les aspects techniques et tactiques du basket. Les jeunes ont la possibilité de se familiariser, de se perfectionner avec les fondamentaux individuels qui sont essentiels en basket ou encore tout simplement de découvrir un nouveau sport.

Quel bilan tirez-vous des cinq premières éditions de votre camp?

Un bilan très positif. Les participants sont fidèles, ils reviennent régulièrement au camp. Des liens très touchants se sont parfois tissés entre coaches et enfants. Je constate également un haut taux de participation des 10 à 15 ans. Mon ambition aujourd’hui est d’accueillir davantage de joueurs plus âgés, entre 15 et 18 ans. Je suis entouré chaque année d’entraîneurs qui sont parfaitement qualifiés pour travailler avec des jeunes ou des adolescents. La plupart de ces entraîneurs évoluent ou ont évolué en LNA et conseillent chaque participant individuellement. Cette démarche permet de mettre en valeur les différentes méthodes de travail que ces joueurs-euses connaissent. Une joueuse américaine ou un joueur suisse proposera des manières différentes de voir le basket. Un adolescent peut par la suite utiliser les différentes méthodes en fonction de son utilité personnelle. On donne ainsi une panoplie variée d’outils afin que les jeunes prennent conscience des multiples possibilités qu’offre le basket.

Qui sont ces futurs entraîneurs?

Il y a un entraîneur pour environ dix joueurs. Notre capacité d’accueil s’élève à 80 participants par semaine. Je n’ai pas encore les réponses définitives des personnes avec lesquelles je souhaite travailler pour cette 6e édition, je ne peux donc encore rien avancer. Mais voici quelques noms de nos anciens coaches: Marc Overney, responsable de la formation féminine de Chablais Basket, Herman Alston, joueur américain du BBC Monthey, Andrea Dépraz, ancienne joueuse du BBC Troistorrents. J’essaie, dans la mesure des disponibilités des coaches, de diversifier chaque année. Notre site internet donnera des infos plus fraîches à ce sujet.

Comment se passe une journée au George Basketball Camp?

Chaque matin, je présente un thème de basket qui sera le fil rouge de la journée. Par exemple, je peux mettre l’accent sur le mental, l’encouragement ou le dribble. Après ce petit aspect théorique, nous nous échauffons tous ensemble dans la salle du Reposieux. Puis les jeunes sont répartis dans les différentes stations. Ils travaillent les fondamentaux: dribble, passes, condition physique de différentes manières. Ces ateliers durent toute la matinée jusqu’à 11 h 30. Ensuite, nous nous rendons ensemble au restaurant. Le sport reprend ses droits à 13 h 30. La brève intervention d’un invité peut avoir lieu à l’heure de la digestion. L’après-midi se déroule avec les coaches respectifs selon le niveau de jeu des joueurs. La deuxième partie de journée est réservée aux petites compétitions et aux matches. Un match entre les coaches et les meilleurs joueurs a été parfois organisé le vendredi après-midi qui se termine toujours par une collation avec les parents et la famille.

Vous êtes à la fois responsable de la formation masculine de Chablais-Basket et entraîneur de l’équipe de LNA féminine de Troistorrents. Quelle vision portez-vous sur l’évolution d’une carrière de joueur en Suisse?

Ce qui va tout de suite faire la différence, c’est la mentalité du jeune en question. Sa volonté, son envie, sa détermination sont essentielles. Le rêve de vouloir jouer un jour au plus haut niveau, sa faculté à se dépasser à chaque entraînement. Un grand investissement doit être fait tout au long de son cursus. Il doit passer la plupart de son temps libre à dribbler et à regarder des matches sans pour autant négliger l’école. Il n’y a pas de miracle, tous les joueurs-euses suisses qui arrivent à atteindre un niveau de LNA travaillent énormément. Ils passent par de grands moments de frustrations et de questionnements. Les infrastructures manquent, les coaches manquent, l’argent manque, mais ils réalisent un rêve, concrétisent une passion et je les admire beaucoup pour cela.

Et les copains dans tout ça?

Les copains, il les retrouve à l’entraînement. Ses coéquipiers sont souvent ses amis. Aller au cinéma, faire la fête sont des activités plutôt rares, si vraiment sa motivation est de réussir dans le sport. Il doit accepter ces sacrifices et investir le maximum de son temps dans le basket. Du moins c’est l’expérience que j’ai connue. A côté de ça, il y a beaucoup de paramètres qui peuvent interférer. Le talent, les gènes familiaux (grandeur), et la situation familiale qui me paraît très importante également. La présence d’un confident proche, en qui il a confiance, avec qui il peut partager ses doutes. Plus important que «les copains»: c’est un copain, une famille ou un confident qui apportent un équilibre affectif et mental au joueur.

La force de caractère influence l’évolution d’un joueur…

C’est plus que certain. Beaucoup de théories ont expliqué que le mental dans le basket ou le sport en général représente 60% et que les capacités physiques n’influencent le joueur qu’à hauteur de 40%. Je pense personnellement que, pour réussir, cet écart doit être encore plus important. Il y a tellement de sacrifices à accepter, sans parler de la gestion des rapports avec les coéquipiers. Ces éléments sont d’ordre mental et n’ont rien à voir avec le physique. Le fait de s’entraîner tous les jours provoque une fatigue mentale plus importante que la fatigue physique.

Le haut niveau semble de plus en plus difficile à atteindre pour les jeunes Suisses qui ont de la peine à se faire une place parmi le nombre d’étrangers qui constituent aujourd’hui les équipes. N’est-ce pas là un motif de découragement pour ces jeunes?

Ce débat est vaste. Un jeune peut se dire «j’ai plus de chance de jouer dans un club où il y a peu d’étrangers» ou il peut essayer de maintenir un objectif plus général, celui de jouer à son plus haut niveau même s’il doit rivaliser avec des professionnels étrangers. Il faut aussi travailler sur la création de nouvelles infrastructures, par ex. sport-études afin de mieux préparer ces jeunes à un haut niveau de jeu. Le problème ne me paraît pas forcément dans le nombre d’étrangers dans les équipes, mais dans le manque d’encadrement afin qu’ils puissent atteindre un niveau suffisamment bon qui permette aux clubs de les utiliser en LNA. On en revient encore une fois au mental: soit accepter de faire du banc pendant quelque temps et essayer progressivement de faire sa place. C’est ce que j’essaie d’expliquer aux jeunes qui n’ont qu’un rêve en tête.