Deon "cool" George

  • Chablais Magazine n°146
  • Mercredi 06 Octobre 2004

"Pour quelqu'un qui ne me connaît pas, j'ai peut-être l'air sérieux, froid, pas forcément très souriant. Mais je rigole beaucoup. Si je ne vais pas spontanément vers les gens, j'aime quand ils m'abordent. Et si je reste souvent dans mon coin lorsqu'il y a du monde, c'est que je ne ressens pas le besoin de parler tout le temps. Je préfère m'exprimer avec un ballon face au panier En fait, je suis un type plutôt cool..." Rencontre avec le Canadien du BBC Monthey...

Au moment de commencer ma carrière, j’avais des rêves sportifs et financiers. Je me voyais jouer pour un grand club et gagner 300 000$. Professionnel depuis dix ans, Deon George a effectué quasiment toute sa carrière… en Suisse. S’il a dû faire une croix sur ses ambitions, le Canadien du BBC Monthey dem eure un joueur de classe, exemplaire autant sur les parquets qu’en dehors. Jouer en Suisse n’a pas été une punition. Ici, les mots respect et humanité ont un sens. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret. Je n’ai certainement pas bénéficié des contacts des meilleurs agents, mais je suis fier de mon parcours.

Kingstown, capitale de Saint-Vincent

Géant débonnaire et plein d’humour, débarqué par hasard de Montréal sur les bords de la Vièze, Deon George est né le 5 octobre 1971 à Kingstown. Kingston, sur les rives du lac Ontario, bien sûr… Non, Kingstown, capitale de Saint-Vincent dans les Caraïbes! Je suis arrivé à Mo ntréal à l’âge de 6 ans. Mes parents voulaient nous offrir de meilleures conditions de travail. Et c’est au Québec qu’il découvre le basketball à 13 ans. J’ai suivi un ami lors d’un entraînement. Le coach m’a encouragé à continuer car selon lui j’avais des dispositions. Forcément, j’étais le plus grand de l’équipe!. Refusant de se reposer sur sa puissance athlétique naturelle, Deon s’entraîne dur, souvent seul. En plus du club, il intègre une équipe de Highschool (collège). Je progressais régulièrement. Surtout, j’étais toujours un pilier de l’équipe. Beaucoup de ballons passaient par moi. Au terme de l’école secondaire, il reçoit plusieurs propositions pour aller jouer aux USA, dans les universités du Maine, de Boston. Le rêve pour tout joueur canadien. Car aux Etats-Unis, le basket est à la puissance dix. Pourtant ambitieux, membre de son équipe nationale, le jeune homme décline les offres. Je ne me sentais pas encore prêt à quitter ma famille et mes amis. L’année suivante, il boucle tout de même sa valise, direction la Pennsylvanie et le Saint Francis Collège. J’ai dit à mes parents que je voulais voir jusqu’où je pouvais aller dans le basket. Et puis ça me permettait d’échapper à la rigueur du froid canadien!

«Pour quelqu’un qui ne me connaît pas, j’ai peut-être l’air sérieux, froid, pas forcément très souriant. Mais je rigole beaucoup. Si je ne vais pas spontanément vers les gens, j’aime quand ils m’abordent. Et si je reste souvent dans mon coin lorsqu’il y a du monde, c’est que je ne ressens pas le besoin de parler tout le temps. Je préfère m’exprimer avec un ballon face au panier. En fait je suis un type plutôt cool… »

De la NBA à la LNB

Durant quatre ans, Deon George se concentre sur son sport et ses études (diplôme en affaires internationales avec spécialisation en marketing). Une expérience humaine et sportive inoubliable. Du jour au lendemain tu te retrouves dans un environnement totalement nouveau, aux possibilités illimitées. Mais tu es aussi seul, privé de repères, avec l’impression de ne pas grandir avec ta famille. La dernière année, aguerri à la National Collegiate Atheletic Association (NCAA), il se met à rêver de la réputée et lucrative National Basketball Association (NBA). Ses discussions avec son coach, les nombreux agents qui le contactent le confortent dans cette idée. J’ai alors signé avec un agent à Montréal pour qu’il me trouve un contrat pro après l’uni. J’espérais jouer en NBA… et je me suis retrouvé à Epalinges, en ligue nationale B suisse! La déception passée, le jeune pro se fait une raison. « Je sentais que j’avais le potentiel physique pour la NBA, mais pas encore le bagage technique suffisant. Par rapport aux différents championnats nord-américains, où tu n’es jamais sûr d’avoir une équipe la semaine suivante, où le joueur n’est pas respecté, venir en Suisse me permettait de travailler mon basket dans un contexte stable et nouveau. En vue d’un stage NBA l’année suivante… »

Secrets d’intégration

Fin de l’été 1994, le canadien découvre les hauts de Lausanne et le basket romand. Tout ce que je connaissais de la Suisse, c’était les compagnies d’assurance, le chocolat et le fromage… Heureusement, le jeune homme est ouvert et parle le français. Pour la première fois, je pouvais le pratiquer en dehors d’une salle de classe. Je me souviens que j’étais très timide, hésitant au début. Mes coéquipiers ont pris du temps pour me faire sortir, me présenter du monde. Surtout, il séduit les gens qui le côtoient par sa curiosité et sa simplicité. Je n’ai jamais eu des goûts de luxe et j’aime découvrir de nouveaux lieux. Lorsque j’arrive pour la première fois quelque part, je pose mes affaires et je pars me promener. Et tant pis si je me perds, j’ai toujours avec moi l’adresse de mon appartement… Rester chez soi, ne connaître personne d’autre que sa console vidéo, ça doit être horrible! Pour sa première expérience à l’étranger, et malgré la pression liée à son nouveau statut de renfort étranger, Deon George réalise une bonne saison. Insuffisant cependant pour lui ouvrir des portes outre-Atlantique.

Une approche différentes

Il décide alors de poursuivre son aventure en Suisse à Neuchâtel, pensionnaire de LNA « Une très mauvaise expérience. Je ne m’entendais pas avec le coach et je me suis cassé le pied. Adieu la NBA. A Noël, j'étais de retour à Montréal! » Sa rééducation va de paire avec une remise en question fondamentale. « Jusque-là le basket me permettait juste de manger, Je me suis demandé si je devais poursuivre dans cette voie ou chercher un autre travail. » Il s'essaie alors à l'électronique. J'ai bossé un mois pour me rendre compte que ça n’était vraiment pas pour moi. Le basket me manquait trop. » Mais l'expérience n'est pas inutile. « J’ai su que mon métier serait basketteur nais que je ne gagnerai jamais 300 000 dollars par saison. Et puis, une carrière sportive peut s'arrêter du jour au lendemain. J'ai envisagé mon job différemment: je devais essayer de mettre chaque année suffisamment d'argent de côté pour pouvoir me réinsérer, en cas de blessure ou si je n’avais pas de contrat. »

N'importe où sauf en Suisse…

Relancé, son agent lui trouve un nouveau club en Suisse, à Martigny (LNB). Au terme d’une saison moyenne il accepte l’offre de Randoald Dessarzin, coach de Boncourt alors en LNB. « Il m'avait prévenu, Boncourt est un vrai trou où il n’y a rien à faire à part la pêche! » Mais sur place, le club et les gens se mettent en quatre pour lui rendre son séjour agréable. « On m’invitait régulièrement, j'avais une voiture, un appartement et les clés de la salle. » Parfaitement intégré, le joueur s'affirme également sur le parquet. Au terme de la saison, Boncourt est promu en LNA et s'attache les services de son Canadien pour deux années supplémentaires. Deon George a 29 ans. Rompu au basket helvétique, il franchit la frontière toute proche direction Brest (Pro B). Un club bordélique mais une très bonne expérience sportive. « Tous les joueurs étaient pros, mais nous n’étions que six... On s’entraînait deux fois par jour toujours à trois contre trois. Malgré ces conditions, on a réalisé une super saison. » Pour la première fois de son histoire, le club dispute les play-offs et chaque joueur a l'occasion de soigner ses stats. Au sommet de son art, le Canadien songe alors à l’Espagne, à 1'Allemagne, à l'Italie, à la Belgique... « N’importe où sauf en Suisse ! » De retour à Montréal, il passe ses journées à attendre, à s'entraîner, à attendre. « A la fin octobre mon agent me dit qu'il m:a trouvé un job à Monthey J'ai accepté car rien ne remplace la compétition, mais sans penser prolonger... Sans se douter non plus que ce nouveau séjour helvétique lui permettra de rencontrer son épouse et de fonder son foyer.

Un avenir canadien

Pour le plus suisse des Canadiens antillais, la saison qui vient de débuter s annonce passionnante en raison des très bons transferts réalisés par le club. Elle le rapproche également un peu plus de la retraite sportive. « Je jouerai encore une année. Après... je ne me suis fixé aucune limite, mon corps et ma motivation dÉcideront. » Une année montheysanne ? « Je me sens vraiment bien à Monthey. Pour que je parte, l'offre doit être suffisamment attractive et sûre. Avant, je pouvais tomber n’importe où, je me débrouillais. Aujourd'hui, je ne veux pas faire courir le moindre risque à ma famille. » Lorsqu'il envisage son avenir loin des parquets, Deon George le voit au Québec. « Je voudrais investir dans l'immobilier et peut-être me lancer dans la recherche de nouveau marchés pour des grandes compagnies. Mais je devrai trouver une solution pour l'hiver C'est vraiment trop froid pour moi ! »

Christian Carron